(Aleteia.org 24 mars 2017)

Le libéralisme et le catholicisme

Patrice De Plunkett | 23 mars 2017

De Rerum novarum à Laudato Si’ en passant par Evangelii gaudium, le Magistère répond à cette question en renvoyant dos à dos libéralisme et collectivisme. Pourquoi ? Parce que le libéralisme n’est ni « la liberté d’entreprendre » (qui est de droit naturel), ni « le refus de l’étatisme », ni « la subsidiarité » ! Le libéralisme est une idéologie.

Cette idéologie est en action depuis ses origines. Avec une puissance inédite depuis trente ans, son emprise tend à réduire la vie à la seule dimension économique et financière. Cette prétention déséquilibre la société en effaçant l’un de ses deux pôles, le bien commun – donc le politique – au profit de l’autre pôle : le profit privé (accaparé par un petit nombre). D’où le coma du politique auquel nous assistons aujourd’hui, et qui met doublement en danger nos pays : danger de crises financières globales de plus en plus graves, dues à la dérégulation ; danger de la disparition de l’État face aux menaces géopolitiques.

Depuis 1705 (Bernard Mandeville), le libéralisme a toujours pensé que les vices privés font la prospérité publique. C’est aujourd’hui un engrenage. Le libéralisme de 2017 étend toujours plus loin et plus profond les domaines du marché : d’où les « nouvelles mœurs », la GPA-PMA, le transhumanisme… Chérir les causes dont on déplore les effets serait absurde : il n’est donc pas possible de réconcilier le libéralisme et la vision catholique de la vie.

Lire aussi : Le libéralisme économique est-il compatible avec la foi chrétienne ?

Quand Paul VI, Jean Paul II, Benoît XVI et maintenant François – avec vigueur – demandent une « révolution culturelle courageuse » (Laudato Si’ § 114) pour introduire dans l’économique des dimensions de solidarité, de proximité et même de gratuité, il s’agit de nous libérer du libéralisme. En effet, celui-ci ne peut tolérer que le profit et le profit maximisé à l’infini : une utopie meurtrière puisque elle conduit à exténuer les ressources et mutiler l’humain. D’autant que l’ultima ratio du système actuel est la robotisation… Une économie qui tend à n’avoir plus besoin des gens en tant que main d’œuvre, mais qui a besoin d’eux (toujours plus) en tant que consommateurs, c’est la plus insoutenable des contradictions.

Appeler de bonne foi à une « réconciliation » entre libéralisme et catholicisme, c’est se tromper sur le libéralisme ! Ce que le libéralisme a de vraiment « libéral » n’est pas conciliable avec l’anthropologie chrétienne. Et non seulement ce qu’il invoque pour sa défense (la liberté d’entreprendre) n’est pas « libéral », mais n’est pas conciliable avec le libéralisme réalisé : le casino financier global, fléau de l’économie réelle et de la vie en société.

C’est ce que François explique dans Evangelii Gaudium (§§ 53 s.), dans Laudato Si’ et dans son discours de 2015 à Santa-Cruz. Le Pape exhorte les peuples à inventer de nouveaux modèles économiques. Cet appel du successeur de saint Pierre est à prendre au sérieux.